Turn Frustration Into Inspiration

Le stage, vu par un stagiaire

Je suis là, assis à mon bureau et je me demande bien ce que je peux faire. Pas trop de travail en vue, un peu de musique dans les oreilles… Tiens si je parlais de la condition de stagiaire ?

Le stage en général c’est un peu le moment fort de ta vie de jeune adulte. Tu l’attends toute l’année, tu y penses entre les cours de sémiologie ou de théories de la communication (et surtout pendant) et tu te prends à rêver de toutes les boîtes dans lesquelles tu pourrais passer… « Ah je pourrais apporter ma touche à la prog de cette salle ! » ou « Oh les brainstorms ca doit y aller sévère, je suis sûr que je pourrais m’y amuser et apporter beaucoup ! »… Tu rêves … Tu envoies tes demandes ! On te répond pas. Tu revoies tes ambitions à la baisse. Mais tu finis toujours par trouver un truc qui te plaît !

Le jour J arrive. Le stress monte petit à petit, tu ne sais plus trop à quoi t’attendre. Tu arrives et tu t’installes finalement à ton poste (quand il est prêt), tu allumes ton ordi (quand il y en a un pour toi), tu rentres tes codes d’accès (s’ils sont préparés au préalable), et tu attends qu’on vienne te briefer.

C’est là que tu te fais ta première opinion sur ce qui va être ton quotidien pendant 6 mois, parfois moins parfois plus. Tu commences à regarder un peu dans le réseau histoire de t’informer des dossiers en cours pour pas avoir l’air complètement quiche lors des réunions, et pour avoir l’air de savoir un minimum de quoi tes collègues parlent (collègues dont tu retiendras difficilement les prénoms, parce que t’oseras pas dire que t’avais pas compris la première fois qu’ils te l’ont dit).               

Ca c’est pour l’arrivée.
Ensuite il y a le travail… Deux solutions s’offrent à toi : tu as un vrai taf, qui te prend tout ton temps avec une mission sur la durée pour laquelle tu as des grandes lignes directrices, ou bien t’es là en renfort. La première option est sans aucun doute la meilleure.

Dans la seconde en revanche, on se trouve dans un trip un peu plus délicat. Au départ, tu penses que tu y vas au fur et à mesure, qu’on te file des trucs pour que tu prennes tes marques… Puis tu te rends compte qu’il est possible que ton futur proche (6 mois, ou moins, ou plus c’est selon la durée qui est inscrite sur ta convention, qui est au passage à elle seule une belle farce) ne soit composé que de ces petites choses… « Tu peux m’envoyer un bilan ? Oublie pas les ombres dégradées hein… », ou bien « Il me faut plus d’infos sur le nouveau couplage de telle banque avec telle radio… », ou encore « Tu me télécharges tous ces PDF sous le réseau s’il te plaît ? » … A noter que toutes ces requêtes sont quasiment toujours à l’impératif, très très (très) peu au conditionnel, et que quand elles sont formulées sous forme de questions, la question n’en est pas vraiment une.

Tu arrives donc à ce moment précis ou tu te rends compte du délire… Plusieurs phases vont alors se succéder :

Phase 1 : la prise de conscience. Ce pour quoi tu pensais avoir signé semble s’éloigner de plus en plus.

Phase 2 : la colère. Tu t’en veux, tu aurais du aller dans cette boite plus petite mais qui offrait des missions plus formatrices…

Phase 3 : tu relativises. « Bon, bah c’est pas si mal, je suis dans une bonne boîte, dynamique, pleine d’ambition, je prends ce que j’ai à prendre »

Phase 4 : la REprise de conscience. En réunion on te dit « Ce serait bien que tu fasses ça tiens… » Tu te dis : « cool ça fait trois mois et demi que je suis là, je le fais depuis le début… »

Phase 5, très proche de la 4 : la conclusion. En fait tu bosses dans le vent.

Phase 6 : alternance de colère et de sympathie pour le taf et l’environnement. « Ah ça me soule de faire pareil tout le temps, mais les collègues sont super cools la boîte aussi, mais RELOU le taf, je suis pas fait pour ça ! »

Phase 7 : la presque fin du stage. Cette phase est une phase clé dans ton stage… 2 mois environ avant la fin, il faut commencer à y réfléchir : ton avenir ! Si à un mois de la fin, le sujet n’est pas abordé, provoque le destin. Deux possibilités encore : on te garde, ou pas. Et bien souvent quand on te dit qu’on te gardera pas, tu poses cette question : « ah vous n’avez besoin de personne à plein temps qui connaisse déjà le taf ? ». On te répond bien souvent que non, et on complète par « on a déjà recruté ton remplaçant ». Tu fais un bref calcul dans ta tête qui fonctionne pas si mal hein puisque t’as continué 5 ans après le bac, et tu arrives au résultat suivant : la personne qui te succèdera sera la 5ème à ce poste que tu occupes depuis maintenant 5 mois. Mais comme il y a besoin de personne à temps plein, tu passes outre… C’est là que tu te dis que ça valait quand même vachement le coup de se péter le c** au boulot pour que dalle au bout.

Phase 8 : la joie (si on te garde) et la sur implication dans ton nouveau boulot.

Phase 8 (bis) : le mode roue libre. Tu fais ton taf mais ne prend plus d’initiatives, et tu te tues un peu moins les yeux à faire des cases sur excel (que tu maîtrises vraiment pas mal à présent), à calculer des parts de marché ou des taux de variations sans qu’on te le demande, juste pour compléter l’analyse. Tu attends simplement la fin, qui viendra de toute manière, alors à quoi bon ?

(Au milieu de toutes ces phases, de tes missions et du reste, rajoute le stress lié à la rédaction de ton mémoire, et le cas échéant, à ta recherche de vrai travail.)

Tu rencontres pas mal de personnes lors de tes stages.
Tu as les autres stagiaires avec qui tu parles de ta condition, et avec qui tu fais le pacte que tout reste entre stagiaires.
Tu as le branleur de la boîte, comme dans toutes les boîtes : il ne fait rien, critique tout et tout le monde.
Il y a les chefs, les cadres, certains respectés pour leur travail et leur carrière, d’autres raillés.
T’as aussi ceux qui ne sont pas à plaindre, et qui te disent que toi non plus, à coups de t’as pas les mêmes dépenses, pas les mêmes fonctions, tout ça … Deux choses :

1°) Pas les mêmes dépenses ok ! Mais mes tickets restau sont pris en compte à moitié par la boîte. Ce que je rajoute c’est pour ma pomme j’ai pas de notes de frais, moi môssieur ! Et pis j’aimerais bien les avoir tes dépenses : partir en week end, bouffer dans des bons restaus et tout le reste hein !  

 2°) Quand je parle de paye c’est pas une paye hein, c’est juste 417€ bruts, soit après un rapide calcul des déductions, 370€ par mois. Donc la paye tombe le début du mois, le loyer le 8, le 9 je suis dans le rouge !

(ça fait du bien…)

Voilà, donc tout ça pour dire que le stage c’est quand même dans l’ensemble une bonne expérience, ca te sert pour ton futur. Tout ca aussi et surtout pour m’occuper pendant mon stage (j’en suis à la phase 8 bis).

En tout cas, ça m’aura servi, j’aurai quand même appris pas mal de choses et une chose restera : si un jour je suis maître de stage, j’encadrerai, je serai pédagogue, et tenterai d’être le plus présent possible. Oui toi qui, par la magie de la technologie, me googleisera dans 8 ans pour savoir à quoi ressemblera ton maître de stage et tombera sur cet article, je t’autorise à me l’amener sous le nez, et à me réprimander si je suis devenu un maître de stage de l’espèce qui te laisse dans ta galère, qui ne t’explique rien et qui ne fait pas preuve de patience.

Parole de stagiaire…



  1. baroforo posted this